jeudi 28 janvier 2021

PAS LES POULES

Confortablement installés sur le siège arrière d’une voiture conduite par « un héros de la résistance contre le colonialisme », deux cadres d’un « parti de la révolution », rejouent ce qu’ils destinent aux paysans d’un douar[1] où ils sont attendus afin de parler du « socialisme de l’État mis en place pour servir le peuple ».
Après un repas que les paysans ne pouvaient pas ne pas « offrir », l’un des deux cadres s’est lancé, en fixant un « fellah »[2] en face de lui, dans ce qu’il appelle « la pédagogie militante » :
- Si tu as deux maisons, tu gardes une et tu donnes l’autre à quelqu’un qui n’a pas de maison.
Compris ?
- Compris.
- Si tu as deux voitures, tu gardes une et tu donnes l’autre à quelqu’un qui n’a pas de voiture.
Compris ?
- Compris.
Content de lui, il a passé la parole à son « camarade » qui s’impatientait pour « participer à la consolidation de la conscientisation des masses », et qui a poursuivi :
- Si tu as deux poules, tu gardes une et tu donnes l’autre à quelqu’un qui n’a pas de poule.
Compris ?
- Pas les poules.
Ici, il n’y a pas de maison, il y a des gourbis.
Il n’y a pas de voiture, il y a des mulets.
Et il y a des poules.
J’en ai deux.
Je les garde.
[1] Le ʺrʺ roulé, d’un hameau.
[2] Fallaah, paysan. 

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