vendredi 26 mai 2017

URBI ET ORBI

Il y a des choses difficiles à aborder, n’est-ce pas ?
« Les ducs à tiffes »[1] par exemple.
On ne sait pas quoi en dire.
Alors, on dit n’importe quoi.
On fait tout pour rendre complexe ce qui est simple.
On se gave de phraséologie et on bave d’autosatisfaction en parlant de lanternes alors qu’on sait qu’il s’agit de vessies …
On use de mots creux, brouillés, vidés, insignifiants, nuls …
La cendre qu’emporte le vent un jour d’orage …
Ce n’est pas de cela que je veux vous parler mais encore d’un mineur en détention.
Il a eu rendez-vous au parloir avec son père il y a quelques jours.
Quatre semaines après son incarcération.
Vous savez que les démarches pour l’obtention d’un permis de visite sont « kafkaïennes » comme vous dites.
Je ne vous apprends rien, je sais …
Ce mineur connaît peu de choses sur le parcours de ses parents.
Ce rendez-vous au parloir a pris une immense importance.
Il en parle de toutes ses fibres …
Tous les jours, son père se lève très tôt.
Il ne lui a jamais demandé ce qu’il faisait une fois dehors et le père n’a jamais pensé à le lui dire …
Le père s’engouffre dans les dédales du quotidien parmi la multitude.
Il cherche sa part de ce qui est réparti entre les êtres.
Avant de partir, il regarde dormir ses enfants et les couvre de son sourire.
Beau comme les Univers.
Il a toujours cru que cela suffisait à les protéger …
Mais n’a pas su le leur transmettre …
À la fin de son trajet en train, il glisse sous terre pour continuer en métro.
Le kiosque à journaux étale ses papiers.
Insultants pour le père.
Depuis toujours.
Sans intérêt …
La cendre qu’emporte le vent un jour d’orage …
L’Essentiel est ailleurs pour ce père d’un temps et d’un espace autres …
Les affiches publicitaires tout le long du quai présentent la femme dans toutes les positions comme support pour tout vendre …
Sur l’une d’elles, une blonde, nue, face à une glace, prise de derrière et de devant, vante la banane.
Texte : Pour être LIBRE, mon corps a besoin de la banane.
La banane, le fruit de la LIBERTÉ.
Sur un banc, un sans domicile dort.
À ses pieds, une bouteille de vin.
Vide.
Au dessus, une affiche avec un enfant noir affamé.
Texte : Défendez votre LIBERTÉ.
Envoyez vos chèques pour qu’il reste en Afrique.
Le père, au milieu du flot, accède au compartiment.
Parmi les femmes assises, certaines font machinalement des gestes pour tirer sur le bout de tissu qui leur sert de jupe, et attirent automatiquement des regards vers ce qui leur tient lieu de culotte …
D’autres se tripotent avec des types et s’introduisent mutuellement les langues dans les bouches …
Des culs sont collés à des sexes, des mains sont prises entre des fesses …
C’est l’heure de pointe.
Des hommes et des femmes paraissent plongés dans des lectures, semblent absorbés ou dorment comme ils peuvent.
Des voleurs à la tire opèrent tranquillement pendant qu’une voix enregistrée met en garde contre les pickpockets …
Parmi les usagers, ceux et celles qui veulent monter à l’arrêt, coincent ceux et celles qui veulent descendre.
Les émanations variées, les secousses multiples, le bruit de la machine, les lamentations de plus en plus nombreuses de ceux et de celles qui font la manche ajoutent à l’ambiance quotidienne du métro …
Vous le savez.
Je ne vous apprends rien, je sais …
Le père descend et entreprend le trajet qu’il fait à pied pour atteindre son lieu de travail.
Il connaît les endroits de ce trajet où s’accumulent des seringues de drogués jetées après usage, comme les capotes, les bouteilles d’alcool, et autres traces d’activités nocturnes dans les recoins du chantier …
Le père commence le travail.
Très dur et très mal payé.
Dans son parcours, il le vit cependant comme une prière.
Il sent en lui une éclosion de sens.
Il a la sensation de s’élever, comme dans un songe lointain, où il se voit avec des oiseaux au dessus d’un océan sans limite …
Le mineur en détention voulait que tout le monde le sache …
Il en a même parlé aux corbeaux, aux mouettes autour de la Maison d’Arrêt et les a chargé de transmettre …
Vous le savez.
Je ne vous apprends rien, je sais …[2]
  
BOUAZZA



[1] L’éducatif.
[2] Texte mis sur le net le 28 décembre 2003, selon le calendrier dit grégorien, à partir d’écrits antérieurs. 

REVOILÁ LE PURIFICATEUR


Comme chaque année, les croyants et les croyantes[1] accueillent dans la joie, le mois de ramadaane,[2] qui commence demain samedi 27 mai 2017,[3] ine chaa-e Allaah.[4]
Un mois purificateur.[5]
Purification du corps et de l’esprit.
Le mois de siyaame, de jeûne. qui fait partie des obligations qu’accomplissent les croyants et les croyantes.
L’humanité, selon des modalités qui ont varié à travers le temps et l’espace, a connu et connaît le jeûne.
Avec la continuation et l’achèvement de la révélation, la mission confiée par Allaah à Mohammad, l’ultime Prophète et Messager sur lui la bénédiction et la paix, fixe aux croyants et aux croyantes, pubères et sains d’esprit, de jeûner pendant un mois[6] par an.[7]
Le jeûne dépend de la situation de chaque personne.
Des aménagements existent et concernent par exemple la maladie, le voyage, la faiblesse liée au grand âge, les règles, la grossesse, l’accouchement, les lochies et autres.[8]
« Pendant tout un mois, chaque Ramadân[9] – qui fait le tour de toutes les saisons de l’année, en raison du calendrier lunaire – les adultes[10] musulmans, hommes et femmes, ne mangent ni ne boivent[11]rien depuis l’aube[12] jusqu’au coucher du soleil ».[13]
Il est important de souligner qu’être en état de jeûne ne consiste pas seulement à renoncer aux aliments, aux boissons ou aux relations sexuels entre l’époux et l’épouse.[14]
Être en état de jeûne signifie aussi faire plus d’efforts dans les domaines de la sincérité et de l’endurance.[15]
Faire plus d’efforts pour s’éloigner des actes impudiques et de toute mauvaise action.
Faire plus d’efforts pour augmenter les bonnes oeuvres.
Faire plus d’effort pour être mieux à l’écoute.
Faire plus d’efforts pour renforcer l’humilité et aller vers l’équilibre.
Faire plus d’efforts pour consolider la foi.[16]
Faire plus d’efforts pour mieux saisir le Sens[17] et renforcer le Lien.[18]
Faire plus d’efforts pour s’améliorer et devenir meilleur dans la Voie d’Allaah.
«L’homme, ayant été pétri avec l’amour de sa propre personne, recherche tout ce qui lui offre des satisfactions matérielles, et fuit tout ce qui est le lot des pauvres et des faibles. Or rien n’est plus salutaire, pour l’arrêter sur cette pente fatale, que les tiraillements de la faim et de la soif. […].
Dans le tiers inférieur de la voûte céleste assombrie, se dessina l’arc mince et argenté du croissant, et un long soupir s’exhala de toutes les poitrines, comme si elles eussent été percées de flèches invisibles, décochées par cet arc.
Mais ce n’était pas un soupir de délivrance que poussaient les Fidèles, c’était, au contraire, un soupir causé par le regret d’avoir si promptement terminé cette épreuve du jeûne, faible paiement de la dette de reconnaissance contractée envers le Bienfaiteur».[19]
Le soir, la rupture du jeûne ne signifie pas la gloutonnerie ou le « ramdam »[20] comme certains désignent cette période en raison de la mauvaise image qu’en donnent ceux et celles qui ne comprennent pas la portée profonde de ce mois, ou qui la dénaturent.
Le soir, la rupture du jeûne signifie l’amour, la rencontre, l’échange, le partage, le pardon, la prière,[21] l’invocation, le rappel, la continuation de l’effort sur soi.
Le soir, la rupture du jeûne signifie la reconnaissance, les remerciements adressés à Allaah pour ce bienfait et pour tous les bienfaits.[22]

BOUAZZA



[1] Almouminoune wa almouminaate.
[2] Le r roulé, le mois de ramadan.
[3] Premier ramadaane 1438 d’alhijra (le r roulé).
Alhijra, l’hégire, l’émigration, l’exil qui marque départ de Mohammad, l’ultime Prophète et Messager sur lui la bénédiction et la paix de Makka (la Mecque), chassé par les ennemis de l’Islaam, et l’arrivée à Yatribe (le r roulé), devenue Almadiina (Médine).
[4] Si Allaah veut.
[5] Motahhir (le r roulé).
[6] Les mois répondent au calendrier lunaire, et les périodes de jeûne changent par conséquent d’une année sur l’autre.
[7] Les croyants et les croyantes peuvent jeûner des jours en dehors de ce mois, s’ils le souhaitent.
[8] Se reporter a ce qui a trait au jeûne.
[9] Chaque mois de ramadaane.
[10] Les pubères.
[11] Les époux s’abstiennent des relations sexuelles durant la journée du jeûne.
Pour en savoir plus sur les différentes abstentions, se reporter à ce qui a trait à ces questions.
S’agissant des relations sexuelles en général, il est à rappeler qu’en dehors du mariage, l’Islaam les condamne.
L’Islaam, depuis Aadame (Adam) sur lui la bénédiction et la paix, consiste à faire de son mieux pour Adorer Allaah, comme Allaah le demande.
L’Islaam n’est pas une question d’ethnie, de tribu, de clan, de classe sociale, de sexe, de couleur, de langue, de parti politique, de pays, de nationalité, d’Etat.
Les représentations, les fantasmes, les mythes et tout ce qui en découle, ne peuvent jamais anéantir cette Vérité.
Aujourd’hui, et depuis des lustres, l’État (ou la même institution appelée autrement) des croyants et des croyantes (almouminoune wa almouminaate) n’existe plus, nulle part.
Les ″États″ qui prétendent l’être sont fondés sur l’imposture, le crime, la trahison, la tromperie, la corruption, l’injustice, la perversion, la débauche, le mensonge, le pillage, l’oppression, l’exploitation, le viol, la tyrannie, la torture, l’enfermement et autres.
L’Islaam les dénonce, les rejette, les condamne, les combat.
L’État des croyants et des croyantes n’existe plus, nulle part, mais les membres de la communauté (alomma, la matrie) des croyants et des croyantes sont partout et seront partout, par la miséricorde d’Allaah, jusqu’à la fin de l’existence ici-bas.
L’Islaam a trait au Message d’Allaah, Message qui, pour ce qui est des êtres humains, est adressé à toute l’humanité.
Les bavardages stériles, les divagations hystériques, les discours mensongers, les commentaires désobligeants, les déclarations arrogantes, les campagnes de dénigrement, les insultes continues, les vexations répétées, les sous-entendus outrageants, les élaborations humiliantes, les propagandes malfaisantes, les tromperies constantes, les combinaisons funestes, les amalgames cruels, les menaces ouvertes, les attaques brutales, les entreprises de démolition et autres pratiques immondes recourent au faux pour entretenir et maintenir la confusion, l’imposture.
[12] Et non du lever du soleil, comme mentionné parfois.
[13] Muhammad Hamidullah (Mohammad Hamiid Allaah), le Prophète de l’Islam, sa vie, son œuvre, Paris, éditions AEIF, 1989, p.899, tome II (cinquième édition).
[14] L’époux est un homme et l’épouse est une femme.
[15] Assabr (le r roulé).
[16] Aliimaane.
[17] Le Sens du Message d’Allaah.
[18] Le Lien avec Allaah.
[19] Etienne Dinet et El-hadj Sliman Ben Ibrahim (alhaaj Slimaane Ibn Ibraahiime, le ʺrʺ roulé), La vie de Mohammed (Mohammad sur lui la bénédiction et la paix), Alger, La Maison des Livres, 1989, p.86.
[20] Les colonialistes français en Afrique du Nord disaient ʺramdamʺ pour ʺramadaaneʺ, en raison des nuisances nocturnes auxquelles se livraient de nombreux individus pendant ce mois de jeûne, occasion pour eux de tous les excès sous couvert ʺd’ambiance de ramadaaneʺ.
Des personnes issus du processus migratoire lié au colonialisme en Afrique du Nord, s’adonnent au ʺramdamʺ ici en France, en ayant recours à de multiples nuisances.
[21] Assalaate.

jeudi 25 mai 2017

ENCORE SUR LA BOMBE DES PAYS CIVILISÉS

Rappeler, encore rappeler, toujours rappeler.
Un peu partout dans le monde, des populations, hommes, femmes, et enfants connaissent des agressions menées par le système colonialo-impérialo sioniste.
Ce système répand les massacres, les destructions, les crimes, les exterminations, et autres horreurs un peu partout.
Depuis des lustres, les agressions ne cessent d’exterminer les indigènes,[1] hommes, femmes, et enfants.
Les horreurs des bombardements par exemple, dépassent l’imagination, et durent depuis des générations.
─ Hello kids, how are you ?[2]
Je suis la bombe des pays civilisés.
Votre amie.
Avec mes sœurs, nous vous défendons contre les méchants : vos parents.
Nous vous en débarrassons.
Des fois, nous en débarrassons plus qu’il n’en faut, et du coup, beaucoup d’entre vous sont aussi exterminés.
Des bavures inévitables dans le combat pour la civilisation.
Vous le comprenez n’est-ce pas ?
Parfait.
Je vais continuer mon travail pour votre bien.[3]
  
BOUAZZA




[1] Appellation arrogante et méprisante donnée par le colonialisme, la métropole, aux populations des territoires colonisés, la colonie.
En France par exemple, les originaires d’Afrique, les nègres, les bamboulas, même français, et surtout les bougnoules, les ratons, les melons, même français, c’est à dire les arabes, donc les musulmans, car pour la métropole c’est du pareil au même.
La métropole recours sciemment à l’amalgame, à la confusion entre ʺethnieʺ, ʺcroyanceʺ, ʺdélinquanceʺ.
Ainsi, pour parler d’hommes et de femmes originaires d’Afrique du Nord par exemple, des ʺmaghrébinsʺ, la métropole use de connotations négatives pour dire les ʺarabesʺ, c’est à dire les ʺmusulmansʺ, autrement dit des ʺviolentsʺ, des ʺvoleursʺ, des ʺvioleursʺ, des ʺassassinsʺ et autres.
[2] Bonjour les enfants, comment allez-vous ?

ELLE CONTINUE DE COURIR

- Elle continue de courir.
- Qui ?
- La rumeur.
- C’est quoi ?
- Les on-dit.
- les zondits ?
- Oui, les potins.
- Les pots teints ?
- Et elle n’est pas prête de s’arrêter.
- Elle ne peut pas courir tout le temps.
- Vous voyez toujours le verre à moitié plein.
- Parce qu’il est à moitié vide ? ?[1]
  
BOUAZZA

LES PETS DE DAME OCLÈS …

Au tribunal, il est tombé sur la juge qui a horreur de la délinquance juvénile …
La rousse aux yeux verts, qui envoie toujours en prison.
L’avocat qui lui a été servi n’était pas frais et empestait la vin-aigrette.
L’éducatrice se voit encore dans un meeting du neuf trois[1] sur « Spartacus », et continue de délirer sur son sein-dit-cas[2] en se grattant le derrière, pour faire sentir au mineur sa pro-position[3] d’alternative à l’enfermement …
Il n’en revient pas.
Tout ce monde « pour lui » …
« Les ducs à tiffes »[4] c’est quelque chose, n’est ce pas ?
C’est important.
Ça remonte au « temps où les dromadaires avaient des ailes et les grenouilles … »
Aux temps zimmémoriaux[5]
Bien avant le thon des sœurs Ize...[6]
Il en parlera un jour peut-être, au moment pro-pisse …[7]
La juge, malgré ses yeux verts, lui a jeté un regard noir.
Il n’a pas cherché à l’attraper, ni à le ramasser lorsqu’il est allé tâter le sol couleur de jurisprudence.
Ce regard est resté sans effet sur son humeur qu’il n’est pas aisé de saisir …
Le petit bout de lingerie dit cul-otte[8] que la juge laisse entrevoir entre ses jambes juridiquement écartées, a souvent le teint rouge et noir de la couverture du code de procédure pénale, affalé, comme essoufflé sur le bureau …
Ces pensées zéro-tiques[9] furent arrêtées par la rousse aux yeux verts au moment où elles allaient lui chatouiller l’entre-cuisses[10] et porter ainsi atteinte à sa profondeur de femme publique, investie d’une miss-ion[11] d’intérêt général.
Croisant ses gui-boles,[12] elle a enchaîné d’une voix de chienne policière dans l’exercice de ses fonctions :
- Lorsque vous quitterez la prison, puisqu’il faut bien la quitter, n’oubliez surtout pas que pour vous, aucun écart ne restera impuni.
C’est l’épée de Damoclès.
À bon entendeur salut.
Je n’ai pas oublié et je n’ai pas arrêté d’y penser …
Les pets de dame Oclès …
Ça me fout les tonsje[13]
J’ai connu dame Oclès à Roubaix.
J’étais petit.
Elle m’impressionnait et j’avais peur de me trouver seul avec elle.
Je ne me souviens plus de ce que je faisais dehors, la nuit, lorsque je suis tombé sur elle.
Au tournant d’une rue.
Elle me visait et ses pets, comme des tirs de flingue, ont failli m’atteindre.
J’ai dû faire appel à toute ma souplesse ancestrale, pas la Gauloise, l’autre, pour les semer.
En les semant, ils poussaient instantanément, et dame Oclès se réapprovisionnait comme elle voulait et continuait ses tirs.
À la gare ferroviaire, j’ai eu du répit.
Une voix d’hôtesse de l’air ménopausée annonçait le départ immédiat du TGV au quai IVG … comme avortement …
Mon coup a avorté d’ailleurs puisque j’ai raté le train …
Je ne suis pas de ceux qui le prennent en marche ou qui attendent l’autre …
Un steward au ton con-stipé[14] annonçait un départ au quai C comme chébran[15]
En passant devant la salle d’attente une nasseco[16] aux yeux de look-homme[17] s’est tout de suite inquiétée :
- T’as paniqué ?
- Non, j’ai pas niqué …
En racontant ma nuit agitée à l’éducateur en détention, il a demandé que je sois autorisé à le retrouver à la bibliothèque.
Lorsque je l’ai retrouvé, il m’a tendu un dictionnaire Larousse :
- Cherche Damoclès et lis ce qui est écrit.
Au bout d’un certain temps et de pas mal de remue-méninges, j’ai fini par faire semblant de croire que le dictionnaire Larousse n’est pas de la même cité que la rousse du tribunal qui a décidé de m’envoyer en prison …
J’ai donc accepté la coexistence pacifique avec Larousse … ou comme dirait encore l’autre, la taule-errance[18]  … Puis, au bout d’un autre temps, peut-être plus long, j’ai fini par trouver ce que l’éducateur m’a demandé :
- « Damoclès, familier du tyran de Syracuse, Denys l’Ancien (IVème s. av. J.C.) …
Je me suis arrêté de lire.
De ce qui est entre parenthèses, je n’ai compris que J.C.[19]
Je l’ai dit à l’éducateur :
- T’arrêtes de faire le onc[20] et continues de lire.
- … Pour lui faire comprendre combien le bonheur des rois est fragile, Denys, au cours d’un banquet, fit suspendre au dessus de la tête de Damoclès, une lourde épée attachée à un crin de cheval ».
- Chapeau, ou béret, comme tu dis.
Tu vois, quand tu veux, tu peux.
Ou comme dirait ton copain J.C. « quand on veute, on peute » …
Tu piges maintenant pourquoi la juge, la rousse, qui n’a rien à voir avec le dictionnaire, t’a parlé de l’épée de Damoclès ?
C’est pour que tu te mettes bien dans ce qui te sert de crâne, que t’es mal barré et qu’à la moindre tisebê[21], t’en auras encore sur la gueule.
Et tu sais très bien qu’avec la juge, pas Larousse, c’est pour de vrai.
Pas parce qu’elle a horreur des mineurs délinquants ou qu’elle se permet certains écarts bien connus, mais tout simplement parce qu’elle applique ce que sa position lui permet d’appliquer.
L’Etat de Droit, tu connais ?
- Les tas de droits, la miss-ion d’intérêt général, les pets de dame Oclès … c’est ouf[22]
Mon rire et celui de l’éducateur qui ont ce jour-là secoué les murs de la Maison d’Arrêt, sont aujourd’hui dans le livre des records …
Quelques jours plus tard, il s’est passé ceci :
Au parloir, dame Oclès est arrivé pour voir son fils.
Au bout d’un moment, elle a entonné un chant.
Ce chant a été entendu par tous les détenus ainsi que par les corbeaux et les mouettes, en grand nombre, qui viennent se nourrir de ce que les prisonniers leur « transmettent » à travers les barreaux …
Des détenus précisent que ces corbeaux et ces mouettes reprennent en chœur dans le ciel, ce chant inoublié …
Moi je les crois.
L’éducateur aussi.[23]
  
BOUAZZA



[1] Le 93, département de Seine-saint-Denis.
[2] Syndicat.
[3] Proposition.
[4] L’éducatif.
[5] Aux temps immémoriaux.
[6] Le temps des cerises.
[7] Propice.
[8] Culotte.
[9] Ces pensées érotiques.
[10] Entre-cuisse.
[11] Mission.
[12] Guiboles.
[13] Les jetons.
[14] Constipé.
[15] Branché.
[16] Connasse.
[17] Loukoume.
[18] La tolérance.
[19] Jacques Chirac.
[20] Con.
[21] Bêtise.
[22] Fou.
[23] Texte mis sur le net le 22 décembre 2003, selon le calendrier dit grégorien.

mercredi 24 mai 2017

QUESTION

Le mauvais train peut-il emmener à la bonne gare ?

LES PIEDS DE VEAU ...

De l’eau continue de couler sous les ponts comme dirait l’autre.
Des saisons succèdent aux saisons.
Et nous, un pas devant l’autre, marchons, clopin-clopant, chacun et chacune à son rythme … Et vous savez quoi ?
Je suis animateur à la télé maintenant …
Regardez-moi bien.
Vous me connaissez.
Alors pourquoi vous avez l’air de ne pas me croire ?
On dirait que vous préférez me savoir toujours délinquant …
Non ? ce n’est pas ça, c’est quoi alors ?
Ah ! Je vois.
Comment n’y ai-je pas pensé ?
Je vais vous expliquer.
« Ils » ont trouvé une solution.
Vous savez, quand « ils » veulent, « ils » peuvent.
Un peu de maquillage et mon teint basané est banalisé, puis quelques cours de diction, et l’accent estampillé par mes ancêtres les Gaulois me revient.
Vous n’avez toujours pas l’air de me croire mais ce n’est pas grave, j’ai l’habitude.
Cela ne m’empêche pas de raconter.
« Ils » m’ont donc sélectionné pour animer une émission sur la cul-ture.[1]
Parfaitement.
Les ducs à tiffes[2] ce n’est pas mon fort, mais la cul-ture ça va, merci, comme un lundi … « Ils » ont trouvé que j’ai le profil … pas celui du délit … l’autre … photogénique …une gueule … pas la sale … l’autre … tête d’affiche …
Avec moi, ils veulent signifier que tout le monde peut arriver.
À quoi?
Il ne faut jamais poser des questions de ce genre.
Compris ?
Je dois croire en la LIBERTE et le montrer aux téléspectateurs et tateuses.
Tout a été préparé.
Mon rôle de présentateur, même une chèvre peut le tenir.
La chèvre de monsieur Seguin ?
Mais non elle est morte, mangée par le loup …
T’as oublié la morale de l’histoire ou quoi ?
Daudet, La Fontaine sur fond de textes en arabe, Kaliila wa Dimna,[3] venus de l’Inde …
Mes parents, installés au premier rang des invités pour le lancement de l’émission ne m’ont pas reconnu.
Ma sœur, à qui on ne la fait pourtant pas, non plus.
D’ailleurs moi-même, en me regardant dans une glace, je ne me suis pas reconnu …
Dans un décor « engagé » et au son d’une musique « internationale », toutes les caméras, d’extrême gauche, de gauche, du centre, de droite et d’extrême droite sont braquées sur ma tronche.
Je pense aux lampes durant les interrogatoires d’un délinquant dans les films policiers …
L’émission va commencer.
Je fais semblant d’arranger ma cravate, d’ajuster des lunettes qui ne me servent pas à voir, mais à habiller mon nez, pour me donner un air entendu, con-pétant.[4]
Toussotant un peu, je me sui redressé pour fixer la caméra centrale, les yeux dans l’œil :
- Mesdames et messieurs, bonsoir.
Nous voilà ensemble pour une soirée cul-turelle,[5] la cul-ture qui est notre pré-occupation[6] à tous zéatoutes[7] représente, dans cet univers tourmenté, le bouc-lier[8] de la LIBERTE.
La LIBERTE que tout le monde nous envie.
La LIBERTE qui est une conquête de notre CIVILISATION.
Je n’ai pas besoin de vous dire que dans ce domaine AUSSI, notre pays est le meilleur.
Et parce qu’il est le meilleur, il n’est pas avare de sa générosité qu’il a toujours dispensé avec largesse à ceux zéacelles[9] qui savent ce qu’ils lui doivent dans ce qui leur a été octroyé …
Ai-je besoin de me référer à l’Histoire avec hache majus-cul-e ?[10]
Avec nous ce soir, Lboul Ben Tabboune.
Dans le domaine de la LIBERTE, il a une dimension qui, ajoutée à l’usage qu’il fait de la langue, procure un plaisir qui remue …
- Dites-nous Lboul Ben Tabboune, dites-nous rapidement – because time is money n’est-ce pas ? – dites-nous mais sans dévoiler tout, juste de quoi exciter notre envie …
- Euh … Il est superfétatoire, pour ne pas dire superflu, voire inutile n’est-ce pas ? pour quelqu’un comme moi, très imprégné par sa maghrébitude ou maghrébinité, de nier ce qu’il doit à la francité ou francophonie n’est-ce pas ? et ce, par rapport, entre autres, à la langue. Avec la langue en effet, j’entretiens une relation charnelle.
C’est cela même.
Charnelle n’est-ce pas ?
Dans cette relation, je ne dirai pas qui pénètre l’autre.
C’est secondaire n’est-ce pas ?
Ce qui compte c’est cette jouissivité ou jouissance réciproque.
Mais attention, réciprocité ne signifie pas, ni en amont ni en aval, possessivité ou possession. Elle traduit l’échange puisque lorsqu’on donne on reçoit et inversement, n’est-ce pas ?
Mon œuvre, intitulée « Ta-jiine[11] n’est pas ma-jiine » prend toute sa dimension dans ce va-et-vient n’est-ce pas ?
Gros plan sur la tronche du syphilisé,[12] puis sur le livre et je reprends la parole :
- Ce que vous faites avec la langue explique votre présence ici.
Votre livre sur la relation maghrébité-franciétude montre que de l’autre côté de la Mer Méditerranée, Albahr Alabyad Almotawassite comme diraient mes ancêtres les Gaulois, la LIBERTE sera toujours défendue par NOUS …
J’ai eu à peine le temps de quitter le pla-teau[13] que l’éducateur en détention qui n’a, lui, aucune difficulté à me reconnaître, est venu me voir :
- Je viens comme convenu.
Nous allons nous rappeler ensemble comment préparer les pieds de veau, lkr’iine.
J’ai faim rien qu’en y pensant.
Tu te souviens ?
En prison, tu rêvais souvent de ce plat et tu m’en parlais comme d’un trésor …
Une fois nettoyés comme il se doit, les pieds de veau sont coupés en morceaux et mis dans une marmite avec des oignons émincés, beaucoup de coriandre hachée, du safran, du poivre, du sel et de l’huile d’olive vierge.
Tu laisses revenir le temps qu’il faudra.
Tu verses de l’eau.
La quantité nécessaire pour avoir une sauce onctueuse à l’arrivée.
Tu laisses cuire.
Doucement.
Tranquillement.
Tu ajoutes ensuite les pois chiches que tu auras pris soin de laisser dans l’eau le temps nécessaire pour gonfler et pour enlever la peau.
Le feu doit être doux.
Tu laisses cuire … toute une vie s’il le faut.
Et au moment de manger, tu m’appelles pour partager ce délice du Paradis, auquel nos mères ont donné la saveur des épices de l’AMOUR sans lesquelles la recette ne vaut rien …
- Manger et pisser …
C’est à ce moment que je me suis réveillé pour aller pisser en fredonnant « Parigot tête de veau » …[14]

BOUAZZA



[1] Culture.
[2] L’éducatif.
[3] ″Kaliila wa Dimna″, recueil de fables animalières traduites et adaptées en arabe par le Musulman Ibn Almoqaffa’e.
Fables écrites au départ en sanscrit par un lettré de l’Inde et ayant connu plusieurs traductions et adaptations.
C’est la traduction et l’adaptation d’Ibn Almoqaffa’e qui a servi aux fables attribuées à Jean de La Fontaine.
[4] Compétent.
[5] Culturelle.
[6] Préoccupation.
[7] Á tous et à toutes.
[8] Le bouclier.
[9] Á ceux et à celles.
[10] Majuscule.
[11] Tajiine, tajine, ragoût.
[12] Civilisé.
[13] Le plateau.
[14] Texte mis sur le net le 14 décembre 2003, selon le calendrier dit grégorien, à partir d’écrits antérieurs.