La
dernière fois que je vous ai parlé d’elle, c’était lorsqu’elle a eu sa
cinquième vaccination.
Vous
savez qu’en
raison de l’épidémie du
coronavirus,
elle a vécu le premier confinement du 17 mars au 11 mai 2020.
Ensuite,
un deuxième confinement mis en place du 30 octobre au 15 décembre 2020.
Puis
un troisième et un quatrième, avant même la fin de la période fixée pour le
troisième.
Comme
pour le troisième confinement qui a été appelé « mesures de
freinage », le terme « déconfinement » a été écarté pour celui
de « réouverture », avec étalement d’avril à fin juin.
En
de novembre 2021, une vague de l’épidémie a failli entraîner un nouveau
confinement.
Les
vagues continuent, avec des variants et des sous-variants.
En juillet
2022, c’était la septième vague.
Elle
avait fait sa cinquième vaccination sans ignorer que les personnes vaccinées
peuvent ne pas échapper à l’épidémie.
Les
soignants soignent et Allaah guérit.
Lorsqu’elle
s’installait sur le fauteuil de la petite pièce qu’elle affectionnait tout
particulièrement, elle était
transportée.
Dans
cet espace réduit, les souvenirs qui jaillissaient n’étaient jamais à l’étroit.
La
petite pièce pouvait en accueillir à l’infini.
Flots
de pensées.
Averses
d’images.
Afflux
de sensations.
La
famille à laquelle elle avait voulu être rattachée, était d’abord la famille de
l’Islaam.
Vous
vous souvenez de ses voyages lorsqu’elle était dans la petite pièce avec une
fenêtre qui lui permettait de voir le ciel ?
Vous
vous rappelez de son évasion en Italie ?
De
Haçane Ibn Alwazzaane ?
Il a
été capturé par des pirates au XVI
ème siècle, et donné au Pape.
C’est
le géographe Jean Léon de Médicis, dit Léon l’Africain.
«
[…] Après avoir vécu à Grenade, sa ville natale, à Fès, à Tombouctou, au Caire,
à Constantinople, Léon passe plusieurs années à Rome, où il enseigne l’arabe,
écrit la partie hébraïque d’un dictionnaire polyglotte, et rédige en italien,
sa célèbre « description de l’Afrique », qui va rester pendant quatre
siècles une référence essentielle […].
Homme
d’Orient et d’Occident […] ».
«
À Rome, tu étais « le fils de
l’Africain », en Afrique, tu seras « le fils du
Roumi. »
Où que
tu sois, certains voudront fouiller ta peau et tes prières. […]. Garde toi de
ployer sous la multitude […]. Lorsque l’esprit des hommes te paraîtra étroit,
dis-toi que la terre de Dieu est vaste […]. N’hésite jamais à t’éloigner,
au-delà de toutes les mers, au-delà de toutes les frontières … ».
Albahr
Alabyad
Almotawassite.
La
Mer Blanche Intermédiaire.
La Mer
Méditerranée.
La
Côte des Fleurs, la Riviera dei Fiori.
La
terre des couleurs, la terra dei colori.
La
Ligurie, Liguria.
Bordighera,
la ville lumineuse où les palmiers se plaisent.
C’est
quelqu’un paraît-il, au XII
ème siècle, de retour d’Orient, qui a pensé
que les palmiers se sentiraient bien dans un tel cadre.
Il a
eu raison.
Des
orangers, des citronniers, des bananiers, des mimosas et surtout des oliviers
tiennent
compagnie aux palmiers.
Des
merveilles dont les murmures d’Amour embaument l’air et rendent la mer encore
plus parfumée.
L’huile
d’olive de la Ligurie.
L’art
culinaire.
Elle
peut en parler longtemps, avec son talent de conteuse hérité de ses ancêtres,
pas les gaulois, ni les romains, les autres.
Il ragû di coniglio colle olive.
Le tajiine
de lapin aux olives.
Tu
prends un lapin de Ligurie.
Un
lapin de Ligurie c’est encore autre chose que la succulence d’un agneau de
montagne, ajoutée aux délices de coquelets de terroir que la mère de ta mère
faisait mijoter toute la nuit, à feu doux, au milieu d’un trésor d’aromates et
d’épices.
Tu
prends donc ce lapin, tu te procures des olives, des oignons, du céleri, du
romarin, du thym, du laurier, du poivre et de l’huile d’olive extra vierge.
Tu
fais revenir dans l’huile les herbes et les oignons finement coupés, le temps
qu’il faudra. Tu ajoutes les morceaux de lapin avec le thym, le laurier et ce
qu’il faut d’eau pour avoir une sauce délicieuse à l’arrivée.
Tu
laisses cuire.
Doucement.
Tranquillement.
À
feu caressant.
Tu
laisses cuire toute une vie s’il le faut.
Lorsque
c’est cuit, tu ajoutes les olives.
Et
au moment de manger, tu invites ceux et celles qui peuvent faire honneur à ces
bienfaits dans la joie et la reconnaissance, et de penser à ta mère qui sait
mettre les saveurs de l’amour dans chaque plat et sans laquelle les
« recettes de cuisine » ne valent rien.
C’est de cette grand-mère que je vous entretenait.
Je
n’avais pas manqué de vous signaler qu’après avoir envoyé des textos
à ses
petits-enfants, elle s’était mise à une fenêtre pour échanger avec les
éboueurs, se souhaiter mutuellement un bon mois de ramadaane.
Des
éboueurs, comme elle, issus du processus migratoire lié au colonialisme
français en Afrique et ailleurs.
En
finissant d’échanger avec eux, elle s’était mise à marcher avec des hommes, des
femmes, des enfants.
Elle
entendait des mots, et voyait des images.
Des mots et des images en mouvement.
Des
mots et des images qui font voler en éclats l’imposture.
Des
mots et des images qui font sortir des ténèbres.
Des
mots et des images qui envoient la Lumière au coeur.
Des
mots et des images qui se répandent dans tout l’être.
Des mots et des images qui permettent de saisir le Sens.
Des mots et des images qui renforcent le Lien.
Elle
témoignait.
Avec
elle, le ciel, le soleil, la lune, les étoiles, le vent, la mer, les cours
d’eau, la terre, les saisons, les animaux, les plantes, les univers,
transmettent le même témoignage.
Parfois,
à la fin d’un conte, le toit s’ouvrait, et elle rejoignait le ciel.
Des
pigeons partaient dans un envol majestueux et tournoyaient autour d’elle.
Son
coeur s’emplissait de lumière et tout le monde flottait agréablement dans le
ciel, pendant que se répandait le chant inoublié, le chant du commencement.
Un
fois, elle était en train de préparer des affaires pour partir.
Elle
finissait de prendre des vivres dans une sorte de cuisine.
Quelques
personnes accomplissaient la prière.
L’homme
qui dirigeait cette prière lui avait demandé si elle allait partir pour de bon.
Après
avoir répondu par l’affirmative, elle avait souhaité aux personnes que leur
prière soit acceptée.
Elle
marchait en s’abreuvant et en s’irrigant de l’eau qui coulait en elle.
L’eau
alimentait des ruisseaux rouges.
Couleur
de terre.
Sang
des artères.
L’herbe
jaillissait.
Verte.
Elle
aimait les musulmans et les musulmanes
résistent, comme partout où les attaques sont menées contre eux.
Elle
aimait les croyants et les croyantes
qui ont
fait, font, et feront face à ceux et à celles qui, sous divers prétextes, les
agressent de mille et une manières en les accusant de tous les maux afin de
porter atteinte à leur Adoration
d’Allaah,
comme Allaah le demande.
Elle
aimait ceux et celles qui ont résisté, résistent et résisteront à
l’incompréhension, au rejet, aux attaques, aux insultes, aux injures, aux
calomnies, aux humiliations, et autres.
Ceux
et celle dont la force de résistance a fait, fait, et fera d’eux, partout, la
cible des imposteurs.
Mais
les violations continues de leurs droits élémentaires et les multiples attaques
contre eux, n’ont pas mis fin, ne mettent pas fin, et ne mettront pas fin à
leur marche.
Une
marche qui se poursuivra jusqu’à la fin de la vie ici-bas.
Aucun
ennemi du Message d’Allaah ne peut l’arrêter.
Personne
ne peut éradiquer l’Islaam.
Elle
avait pensé à un écrivain,
Driss
Chraïbi,
qui, en 1992, dans le cadre de l’émission
radiophonique de France culture, « À voix nue »,
a eu
cinq entretiens avec Rachel Assouline,
sur ses
écrits, son parcours.
Cet
écrivain arrivé en 1945 de la colonie du Maroc,
à la
métropole en France, pour des études universitaires.
Il
avait vécu dans ce pays jusqu’à la fin de son existence ici-bas
survenue le premier avril 2007, à l’âge de 81 ans.
Il
était dans la Drôme
lorsqu’il a rejoint la vie dernière.
À un
moment de ses entretiens avec Rachel Assouline, Driss Chraîbi a précisé que
dans sa vie, il a réussi une certaine harmonie entre l’Orient et l’Occident.
Il en avait peut-être « rêvé ».
Est-ce
qu’elle s’intéressait à lui parce qu’elle avait aussi ce
« rêve » ?
La
grand-mère est partie.
Son
temps ici-bas s’est achevé.
Qu’Allaah
la couvre de Sa miséricorde.
BOU’AZZA
Covid 19.
Selon le calendrier dit
grégorien.
L’Islaam depuis Aadame (Adam) sur lui la bénédiction
et la paix, consiste à faire de son mieux pour Adorer Allaah, comme Allaah
le demande.L’Islaam
n’est pas une question d’ethnie, de tribu, de clan, de classe sociale, de sexe,
de couleur, de langue, de parti politique, de pays, de nationalité, d’Etat (le
fait qu’un État ne soit pas fondé sur l’islaam, ne signifie nullement que les
croyants et les croyantes installés dans une contrée ayant un tel État, ne font
pas de leur mieux pour Adorer Allaah,
comme Allaah le demande).
L’Islaam c’est ce qui unit les croyants et les
croyantes où qu’ils soient, sur la base du Message d’Allaah, Le Seigneur des
univers.Alqoraane
est la continuation, la synthèse, le parachèvement du Message d’Allaah,
L’Unique.
Mohammad,
l’ultime Messager et Prophète sur lui la bénédiction et la paix, a eu pour
mission de le transmettre.
Amin Maalouf,
Léon
l’Africain, Jean Claude Lattès, Paris1986, page de présentation.
Roumi : du mot
Romain, pour désigner ce qui n’est pas du blad, (bilaad, bled), du pays.
Amin Maalouf, opt.cit.
p.473.
Le « r » roulé.
[...] un arbre béni, un olivier ni oriental ni
occidental. Le ragoût.
Pluriel de texto qui est
un court message écrit que l’on envoie depuis un téléphone mobile, sur un autre
téléphone mobile (voir internet).
Le « r » roulé,
ramadan.
Mois de jeûne en Islaam.
Un mois où de l’aube au coucher du soleil, les
personnes saines d’esprit et pubères ne doivent ni manger, ni boire.Les époux et les épouses, des hommes et des femmes, ne
doivent pas avoir de rapports sexuels pendant la journée du jeûne.C’est un mois propice aux efforts pour se ressourcer
afin de s’améliorer, pour essayer de faire de son existence ici-bas, une
existence alimentée par le Message d’Allaah.Un mois pour continuer, avec plus de force encore, le
parcours dans la Voie d’Allaah. Le système colonialo-impérialo-sioniste a imposé à
des populations entières de par le monde de chercher des moyens de subsistance
dans des conditions, le plus souvent, atroces.Beaucoup parmi elles, rurales, se sont trouvées dans
des faubourgs de villes nouvelles coloniales, contraintes de s’adapter à des
modes de survie dans des bidonvilles.Ces populations ont connu la transplantation forcée
dans leur pays d’origine, avant qu’elles ne soient poussées à le quitter
parfois pour fournir la main d’œuvre, taillable et corvéable à merci, dont les
métropoles avaient besoin.Les
régimes mis en place dans les colonies par la suite et qui sévissent toujours,
ont accéléré les migrations pour répondre aux exigences de la métropole, et
pour en faire un trafic qui rapporte.
C’est
dire que le processus migratoire lié au colonialisme, ne peut pas être compris
en occultant l’histoire de la transplantation d’êtres de sociétés rurales,
d’êtres colonisés, maintenus dans l’ignorance et la misère, dépossédés et sans
moyens dans des sociétés industrialisées.
« L’oubli
de l’histoire n’est jamais neutre. Effacer le passé constitue l’un des plus
sûrs moyens de stériliser toute analyse du présent, pour répéter inlassablement
de vieilles recettes et réitérer les mêmes mécanismes de domination ».
Philippe Norel, « Malgré les sanglots de l’homme
blanc... », dossier « Polémiques sur l’histoire coloniale », Le
Monde diplomatique, bimestriel, juillet-août 2001, p. 73.
La France a eu recours à la main d’œuvre colonisée et
transplantée en métropole et il a fallu de longues années pour que des
travailleurs immigrés, dans le cadre dit du regroupement familial, puissent
entreprendre des démarches afin d’avoir l’autorisation de faire venir leurs
femmes et leurs enfants.Les
immigrés des colonies ne cessent de faire face à de multiples injustices et
agressions, qui n’épargnent pas ceux et celles qui ont obtenu la nationalité
française.
Le
processus migratoire a bien entendu divers « visages » que beaucoup
s’acharnent à défigurer, afin de masquer ce qu’ils veulent cacher.
Il
importe donc d’essayer sans cesse d’en saisir les développements, les
modifications, les changements, et autres.
Cette
main d’oeuvre, dont la France et l’Europe ne veulent plus en raison des
changements intervenus, continue néanmoins d’essayer d’arriver par n’importe
quel moyen, en prenant tous les risques.
Elle
fuit les colonies, même s’il n’est pas fait appel à elle, car elle n’arrive pas
à se débarrasser de la merde qui gicle de partout, en Afrique et ailleurs.
Ce processus migratoire ne cesse donc pas de mettre en relief
certaines conséquences des méfaits du système colonialo-impérialo-sioniste qui
a semé, et qui sème l’oppression. Le Sens du Message
d’Allaah.
Le Lien avec Allaah.
Almoslimoune wa
almoslimaate.
Almouminoune wa
almouminaate.
’ibaada.
La
première lettre du mot ‘ibaada c’est la lettre ‘ (‘iine) qui n’existe pas dans
l’alphabet français et non la lettre i qui n’est donc pas écrite ici en lettre
majuscule.
Qu’elle a beaucoup lu.
[19] Idriis Achchraaïbii
(les « r » roulé).
Entretiens d’hier et
d’aujourd’hui.
Présentatrice et productrice
de l’émission.
Almaghrib (le
« r » roulé).
Addoneyaa.
Il habitait à Crest.
Alaakhira (le
« r » roulé), l’au-delà.